La résurrection du Christ dans les Tractatus super Psalmos d’Hilaire de Poitiers

La résurrection aussi bien du Christ que des hommes est un thème très riche dans les écrits d’Hilaire de Poitiers[1]. Dans ce document, nous présentons la description hilarienne de la prophétie de la résurrection du Christ dans le Psautier en insistant sur les expressions: puissance de la résurrection (potentia ou virtus resurrectionis) et gloire de la résurrection (gloria resurrectionis) du Christ.

La résurrection du Christ est l’œuvre du Père[2]. En vertu de sa puissance, elle est l’engendrement du Fils de l’homme comme parfait Fils de Dieu qui reprend et fait bénéficier son corps la gloire de son éternité (cf. Jn 17,1.5; Instr. Ps. 5-6; Tr. Ps. 2,27). S’appuyant sur le témoignage prophétique et apostolique, Hilaire affirme que c’est le jour de la résurrection que Dieu le Père a prononcé: «Tu es mon Fils; aujourd’hui, je t’ai engendré» (Ps. 2,7; Ac13,32-34; cf. Tr. Ps. 2,28.30; 58,6). Jésus est Fils de Dieu avant même de ressusciter (cf. Tr. Ps. 58,10); avec sa nouvelle naissance en ressuscitant. Il est Deus totus[3]. En effet, l’évêque de Poitiers précise: «Le jour de sa résurrection, il (le Fils) reçoit donc la gloire, qui le fait naître à ce qu’il était avant le temps. […] Il est, par sa résurrection, le premier-né d’entre les morts» (Col 1,18; Tr. Ps. 2,27-28). Il convient d’ajouter que la résurrection du Christ est aussi l’annonce de la puissance du Père (cf. 2Co 13,4; 53,5; Tr. Ps. 141,7). Son accomplissement se situe au-delà du temps de l’incarnation et marque le temps de l’accomplissement de l’Esperance évangélique  (cf. Tr. Ps. 118,12;14).

La «puissance de la résurrection» du Christ est le principe d’action de Dieu qui ne se limite pas à son engendrement. Elle agit pour que les hommes spirituels connaissent le Christ, dont le mystère de sa passion, sa croix, sa mort et sa sépulture représente la «puissance éternelle», et participent à sa résurrection, pour que finissent le règne de la mort et celui des auteurs de la mort éternelle, et enfin pour sa libération de la faiblesse de la chair qu’il a assumée (cf. Phil. 3,10; Tr. Ps. 14,7; 67,9.21; 68,14; 53,7; 69,5).

Outre la «puissance», Hilaire parle aussi de la «gloire de la résurrection» du Christ (cf. Tr. Ps. 63,2). Il s’agit de la gloire divine propre (cf. Tr. Ps. 54,8) liée à la majesté de son identité de Fils de Dieu, de Seigneur et Sauveur du monde (cf. Tr. Ps. 55,7.9). Elle est le principe explicatif de sa victoire sur la mort (cf. Tr. Ps. 143,9) et de la manifestation des paroles sacrées de Dieu (cf. Tr. Ps. 118,17,4). En vertu de cette gloire, le corps du Christ n’a pas connu la corruption inhérente aux corps des hommes suite au péché originel (cf. Tr. Ps. 55,12). Grace à elle, les personnes deviennent saintes et dignes de sa demeure (cf. Jn 6,4; Tr. Ps. 126,11; 131,23).

Hilaire mentionne bien des éléments de la gloire éternelle de la résurrection du Christ. En ressuscitant, le Christ vit dans la gloire éternelle du Père et se moque des impies qui, par arrogance, se sont rendus indignes de cet honneur (cf. 1Co. 15,51; Tr. Ps. 51,19; 52,17; 53,14; 54,15-16; 67,23.36; 68,12.16). La gloire de la résurrection du Christ procure la santé à l’homme (cf. Tr. Ps. 68,23); par elle s’accomplit le mystère de salut des pécheurs (cf. Tr. Ps. 67,23). En effet le Christ, par sa résurrection, est médecin et sauveur de l’humanité pècheresse (cf. Tr. Ps. 13,3; 14,7). C’est dans son corps ressuscité que les chrétiens parviennent à contempler leur espérance et leur vie (cf. Tr. Ps. 68,31).

Concluons que Christ, ressuscité par le Père, est lui-même la résurrection et Seigneur de la résurrection (cf. Tr. Ps. 118,816; 55,12). Sa résurrection est la preuve évidente de la vérité de sa divinité (cf. Tr. Ps. 53,11); elle est le gage de celle des hommes et la condition de la glorification de la chair humaine (cf. Tr. Ps. 56,2; 124,4). La lecture hilarienne de cette prophétie de la résurrection du Christ dans le Psautier s’inscrit dans l’optique de la réalisation du véritable salut espéré des hommes (cf. Tr. Ps. 55,12; 68,15; 69,3). Comme le note P. Descourtieux[4], l’expression virtus resurrectionis présente dans la première et la deuxième cinquantaine du Psautier, cède la place à l’expression gloria resurrectionis dans la dernière cinquantaine qui concerne la gloire céleste dans le royaume de Dieu le Père où règne pour l’éternité le Fils et nous y introduira (cf. Instr. Ps. 11). Toutefois, la renaissance de Jésus de sa condition de fils de l’homme pour celle de Fils de Dieu s’est accomplie non seulement par la puissance mais aussi par la gloire de la résurrection (cf. Tr. Ps. 53,14). Hilaire souligne la nécessité de la foi en la résurrection du Christ. Car c’est un mystère fondateur de la certitude de l’accomplissement de l’espérance du bonheur des justes. Notons que notre auteur sait que la résurrection du Christ avait fait face à une supercherie des impies. Cet aspect fait l’objet d’une étude déjà en préparation.

Prof. Joseph Mukondua Zung, CSsR


[1] Cf. A. Fierro, Sobre la gloria en San Hilario. Una síntesis doctrinal sobre la noción biblica de “doxa”, Roma 1964, 181-311 ; G. Blasich, “La risurrezione dei corpi nell’opera esegetica di S. Ilario di Poitiers”, in Divus Thomas 69 (1966), 72-90 ; J. Doignon, “Deux approches de la Résurrection dans l’exégèse d’Hilaire de Poitiers”, dans Recherches de Théologie Ancienne et Médiévale 54 (1987), 5-12 ; M.  Durst, Die Eschatologie des Hilarius von Poitiers. Ein Beitrag zur Dogmengeschichte des vierten Jahrhunderts, Verlag Borbert M. Borengässer, Bonn 1987, 237-262 ; L. F. Ladaria, La cristología de Hilario de Poitiers, Roma 1989, 219-264.

[2] Dans son De Trinitate, Hilaire avait déjà défendu cette position en se basant surtout sur Rm 8, 11, cf. Trin. 8, 21. 26 ; en revanche, dans les Tractatus super Psalmos, cette position est basée sur Ac 2, 32-34. Dans le De Trinitate, il montre clairement qu’en vertu de sa puissance divine, Jésus a lui-même accomplit sa résurrection (cf. Trin. 9, 10-12). Aussi, dans les Tr. Ps, nous trouvons plusieurs indices qui concourent à cette conclusion (p. ex. Le Christ est le Seigneur de la résurrection, Tr. Ps. 55, 12)

[3] Hilaire parle de trois « états » du Christ qui marquent la dispensatio: le Verbe est successivement Deus tantum, Deus et homo, Deus totus ; cf.Trin. 9, 6 ; note 2 dans SCh 443, 364 ; P. Galtier, « La forma Dei et la forma servi selon S. Hilaire de Poitiers », in Recherches de Science Religieuse 48 (1960), 101-118 ; L. F. Ladaria, « Dispensatio en S. Hilario de Poitiers », in Gregorianum 66 (1985), 429-455.

[4] Cf. note 3, SCh 515, 134-135.

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